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Violences chez les adolescents : la psychologue explique le cas de l’agression de Morgane lors du jugement de trois jeunes

Cette semaine, le tribunal criminel pour enfants de Saint-Pierre se penche sur la violente agression de Morgane, 14 ans, par d’autres adolescents en 2022. En septembre dernier, Shana, 16 ans, avait quant à elle été tuée par deux jeunes. Comment expliquer ces actes violents perpétrés par de très jeunes protagonistes ? Tentatives d’explications avec la psychologue Nicole Florentini.

Johanne Chung / Précilla Ethève • Publié le 6 février 2024 à 11h56, mis à jour le 6 février 2024 à 12h00

Depuis ce lundi 5 février 2024, le tribunal criminel pour enfants de Saint-Pierre juge les trois adolescents poursuivis dans l’agression de Morgane, en avril 2022. La victime de 14 ans avait été laissée pour morte à Terre Sainte, retrouvée après deux jours de recherches.

L’audience se déroule à huis clos, jusqu’à jeudi. A l’intérieur de la salle, les témoins, dont des collégiens et du personnel de leur établissement scolaire, ont été appelés à s’exprimer et ainsi fournir des tentatives d’explications de cette extrême violence. Car la jeune Morgane serait tombée dans un piège tendu par les adolescents.

La personnalité des accusés est au coeur de cette deuxième journée d’audience, ce mardi 6 février.

Pour rappel, le jeune accusé pour tentative d’assassinat risque la perpétuité, peine ramenée pour les mineurs de moins de 16 ans à 20 ans. Les deux autres encourent deux ans et demi pour non-assistance à personne en danger, là aussi une peine ramenée à la moitié en raison de leur âge.

Le jeune âge de ces protagonistes pose justement question. Comment ces adolescents ont-ils pu se livrer aux faits reprochés ?

Pour Nicole Florentini, psychologue et thérapeute familiale et de couple, qui reçoit régulièrement des enfants et adolescents, la réponse se trouve peut-être dans « la perte de force de l’autorité éducative dans la famille », au profit des réseaux sociaux. Sur ces derniers, les jeunes, souvent ultra-connectés, trouveraient de nouveaux repères auprès de leurs pairs. « Ces pairs leur donnent des repères, dont ils font des valeurs peut-être plus fortes que celles données par leur famille », estime la psychologue.

« Ils mettent à mal l’autorité des parents en les confrontant à ce que les autres jeunes peuvent leur dire sur les réseaux sociaux. Si les parents ne questionnent pas l’enfant, et ne refont pas son éducation par rapport à ce qu’il a entendu, effectivement, le jeune va plutôt se laisser entraîner par son réseau d’adolescents de son âge » – Nicole Florentini, psychologue

D’autant que beaucoup de jeunes se retrouvent de plus en plus souvent livrés à eux-mêmes, souligne la thérapeute. « A une époque le jeune était toujours accompagné ou assisté d’un aîné, ce qu’on appelait un « dada ». Le dada se fait désormais assez rare, et l’enfant se retrouve souvent seul à la maison, livré à lui-même », observe-t-elle.

Aucun jeune n’échappe au phénomène, et toutes les classes sociales sont concernées, considère Nicole Florentini. « Il n’y a rien à voir avec la classe sociale, ça peut arriver à tout le monde, c’est sociétal. On vit dans une société relativement violente », explique-t-elle.

« Il faut qu’on retrouve des valeurs dans la famille, dans la société. Moins il y aura d’agressivité dans cette société, moins on arrivera à ce que des jeunes transgressent certaines choses » – Nicole Florentini, psychologue

Mais comment en arriver au passage à l’acte violent ? Pourquoi la fiction des écrans finit-elle par devenir réalité ? Regarder les choses puis les mettre en acte répond à un processus normal au cours de tout apprentissage, fait valoir Nicole Florentini. « Mais mettre en acte ce genre de choses, ça relève dans tous les cas d’un problème », répond-elle.

« Ils ont vu tellement de choses sur l’écran qu’ils essaient de le mettre en acte, pour savoir comment ça peut faire dans la réalité » – Nicole Florentini, psychologue

Les contenus violents qui sont consommés dès un jeune âge ont également un rôle à jouer. « À force de regarder des choses violentes en images, à un moment donné on le matérialise. Le fait de passer à l’acte, c’est matérialiser un acte qu’on a vu en permanence », répond la thérapeute familiale.

D’autant que la confrontation à des choses violentes en permanence conduit à transgresser plus facilement lorsqu’il y a une frustration, soutient-elle.

Malgré ce passage à l’acte violent, « sur le moment, quand ils passent à l’action, ils ne réalisent pas, ils n’ont pas totalement conscience, c’est après », achève Nicole Florentini.

« Pour faire comprendre à un gamin ce qu’il a fait n’est pas bien, il faut remonter dans toute son histoire familiale. Ce sont des contextes, des attachements, sécures ou insécures. On peut venir d’une famille modeste ou très riche, tout dépend de ce qu’on a vécu dans son enfance, c’est ce qui permet de transgresser ou de ne pas transgresser, et de réaliser ensuite » – Nicole Florentini, psychologue

L’agression de Morgane, au coeur d’un procès cette semaine, n’est pas le seul fait de violence extrême entre adolescents observé à La Réunion récemment. Il y a quelques mois, en septembre, le meurtre de Shana avait aussi questionné sur la psychologie des adolescents mis en cause. La jeune adolescente de 16 ans avait été retrouvée morte à Pierrefonds, et deux autres jeunes de 14 et 16 ans avaient admis être les auteurs du crime.

Rappelons aussi ces jets de projectiles depuis le pont de l’échangeur du Sacré-Coeur au Port, en octobre dernier, qui avaient coûté la vie à une jeune femme de 25 ans. Deux mineurs d’une quinzaine d’années avaient été écroués et mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Source

FranceTV

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